La Terre : Jean se fixe en Beauce

Après la condition ouvrière, ecclésiastique ou bourgeoise, artistique ou même volage de la vie française sous le Second Empire, Zola s'intéresse à la condition paysanne en publiant ce roman en 1887, La Terre. Avec ce livre violent et crû, l'auteur sera montré du doigt par les critiques et même par ses collègues écrivains contemporains. Cinq d'entre eux, parmi les plus jeunes, écrivirent un manifeste dans le Figaro, en conseillant à Zola de se faire voir par un spécialiste en l'occurrence Charcot, pour soigner ses pulsions morbides. Il est vrai que le livre est bestial, brutal, décrivant comment le paysan pouvait aller jusqu'au crime pour protéger sa terre. Le protagoniste principal en est Jean Macquart, frère de Gervaise Macquart (L'Assommoir). A noter que Jean apparaît dans le premier volume de la saga La Fortune des Rougon où il suit une formation de menuisier. On le verra aussi dans La Débâcle et Le Docteur Pascal. Militaire pendant sept ans, il sort de l'armée et trouve un emploi chez le père d'un ami, à Romilly-sur-Aigre, un village de la Beauce. Mais son patron décédera brutalement et Jean trouvera un emploi de valet de ferme. C'est là qu'il rencontrera sa future femme, Françoise Fouan, fille de Michel Fouan dont l'héritage familial lui a laissé la plus mauvaise partie des terres. Le frère de Michel, Louis Fouan, décide à un âge assez avancé, de donner les terres à chacun de ses enfants en échange d'hébergement et de rente.

La Terre : meurtres en série

Parmi ses enfants il y a Buteau. Arriviste, décidé à s'emparer de tous les biens familiaux, il ne reculera devant rien afin de mener à bien son projet. Il assassinera tout d'abord sa propre mère, car sa présence l'empêche de fouiller la maison familiale à la recherche d'un hypothétique trésor. Buteau à deux cousines. Il épouse la première, Lise et courtise la seconde, Françoise, qui se réfugiera dans son mariage avec Jean Macquart. Apprenant que Françoise est enceinte des ardeurs de Jean, Buteau, de peur que l'héritage de la famille se volatilise avec l'arrivée d'un nouveau membre, décide de tuer Françoise. Il la violera avec l'aide de sa femme Lise et poussera Françoise qui ira s'empaler sur une faux. Elle décédera des suites de ses blessures et le vieux Louis Fouan, qui a assisté à la scène bien malgré lui, sera plus tard étranglé pendant son sommeil. Ils brûleront la maison familiale pour cacher le meurtre qu'il y ont perpétré, transformant ainsi leur crime en accident. Jean quittera la région peu après, dégoûté de cette terre qui engendre tant de malheurs et de convoitises et se ré-engage dans l'armée. Un livre très dur, très démonstratif où la haine, la violence et l'appât du gain domine tout. Cette vision du monde paysan sous le Second Empire est proprement cauchemardesque. Le roman qui suit, dans la saga des Rougon-Macquart, Le Rêve, devait permettre d'insuffler une bouffée d'air frais dans ce naturalisme décidément très réaliste.

Après La Terre, découvrez la suite de la saga avec Le Rêve