Le Rêve : l'adoration et l'extase

Le roman le plus court de la série des Rougon-Macquart d'Emile Zola, Le Rêve, parait en 1888 et se positionne seizième dans l'immense fresque des vingt volumes. Le Rêve aborde le thème de la religion mais pas sous l'effet trompeur et troublé de La Faute de l'Abbé Mouret, plutôt dans la véritable extase que peut provoquer l'adoration. L'auteur y met en scène Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d'un inconnu. L'histoire se passe en Picardie, dans un village appelé Beaumont pour lequel l'auteur s'est librement inspiré de la ville de Cambrai pour en décrire l'architecture. Abandonnée dès sa naissance, la petite Angélique, confiée tout d'abord à la grande institution de l'assistance publique, se verra par la suite placée chez une nourrice puis chez une fleuriste. Sa troisième famille d'accueil, les Rabier, la maltraiteront et elle s'enfuiera une nuit de noël jusqu'au pied d'une cathédrale contre laquelle elle se refugiera. Les Hubert, qui habitent juste à côté, la recueille. Ce couple sans enfant, très pieux, considère cette rencontre comme providentielle et décide d'adopter la fillette. Elle aussi adoptera immédiatement cette famille dont le métier consiste à réaliser des broderies et des ornements écclésiastiques.

Le Rêve : Angélique dans la brume

Mr Hubert fera quelques recherches sur le passé d'Angélique et il taira ce qu'il découvrira. Il mentira à Angélique en lui disant que ses vrais parents sont décédés. Elle se réalisera complètement dans la profession de brodeuse, donnant naissance à des ouvrages magnifiques. Elle vivra en toute quiétude, rêvant à un hypothétique prince charmant fabuleusement riche, rêve inspiré par les histoires racontées par Mme Hubert. Le rêve va se réaliser, en prenant la forme de Félicien, le fils de l'évêque qui est un peintre verrier. Leur amour ne rencontrera pas l'approbation de leurs parents respectifs. Mme Hubert pense qu'elle a été punie par le fait de ne pas pouvoir avoir d'enfant car elle s'est mariée sans l'assentiment de ses parents. Idem pour le père de Félicien, Monseigneur Hautecoeur, entré dans les ordres suite au décès de sa femme. Le mariage ne se fera pas. Angélique s'éteindra lentement face à cette interdiction, comme consumée par l'amour qu'elle ne peut ni exprimer ni vivre. Devant l'état inquiétant de la jeune fille, les parents donnent leur accord, mais trop tard. Angélique meurt dans les bras de son mari Félicien à la sortie de l'église après avoir échangé avec lui un premier et ultime baiser. Un livre court, qui évolue dans une brume claire, comme effectivement un rêve aux contours brillants. Ce roman très fleur bleue est vraiment en décalage par rapport à toute la saga avec un style auquel Zola ne nous avait pas encore habitué. Repos et pause de courte durée, l'auteur reviendra très vite dans le style naturaliste qui est le sien avec La Bête Humaine en 1890, deux ans plus tard.

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